NOTE D'INTENTION

La Callas et son ver solitaire. Deux solitudes de femmes à la recherche de quelqu'un qui puisse répondre, depuis le noir qui les entoure, à leurs questions sur l'origine et la fin de l'espèce humaine lancée dans le cosmos.

L'écriture, à la fois viscérale et métaphysique, m'indique de frayer le chemin des corps des actrices-chanteuses pour tenter une lecture de la pièce. Deux corps complémentaires se modelant sans cesse l'un l'autre, s'imitant, s'espionnant. Il y a deux espaces dans Duo : on est tantôt à l'intérieur du corps de la Callas, tantôt en dehors. Deux espaces qui correspondent aux points de vue des deux personnages. Chargé d'une mission et d'une volonté inépuisable, ce ver solitaire rampe vers la petite lumière lointaine qu'il aperçoit au-delà de la bouche de la Callas, il vibre par le contact avec les organes aveugles de la diva. Ainsi il apprend les arias, les partitions jusqu'à ne pas pouvoir s’empêcher de chanter lui aussi devant les spectateurs, peut-être à la place de la cantatrice. Le duo se transforme en duel vocal, en compétition féminine sur le terrain du chant.

La première didascalie annonce : « Un acteur dans l’autre, une voix dans l’autre, un chant dans l’autre ». Où placer donc les personnages ? Les spectateurs seront assis autour du corps de matrone de Maria Callas, en cercle, comme autour d'un totem. Le ténia se déplacera d'abord dans les zones noires de la scène, telle une présence qui s'impose et engloutit progressivement les spectateurs sans qu'ils puissent appréhender son corps par la vue. L'intérieur et l'extérieur, le haut et le bas. Où sommes-nous enfin ? On s'est posé la question : et si on était tous dans un théâtre enseveli sous terre, sous un autre théâtre immense où a lieu un opéra grandiose ? Un théâtre dans l'autre. La Callas viendrait alors nous rendre visite et resterait avec nous, une heure, le temps de nous livrer son chant intime. C'est ainsi que la voix de la pièce deviendrait le guide du chemin de connaissance de l'être humain. Notre dispositif spatial part de cette image. Grâce au travail extraordinaire de spatialisation du son et aux compositions contemporaines de Pierre-Yves Macé, mélangeant opéra, musique électronique, bruits et documents sonores, on sera tous, spectateurs compris, ensevelis par le son, et on entendra l'autre chant d'en haut, l'autre vie et l'autre spectacle qui se déroule au-dessus de nos têtes.

Antonio Moresco, très célèbre pour ses romans, a une production théâtrale moins connue et inédite en France. Son écriture est picturale, figurative et jamais abstraite, tout au plus cosmique dans son rapport à l'espace. Cosmique ou spatial comme le sont les Teatrini de Lucio Fontana ou les trous et les coupures de son Concetto spaziale. Le dispositif puise dans ces références picturales pour créer un espace rituel, où la musique électronique et l'opéra se composent dans de nouvelles collisions, en vibrant avec la parole. Cette écriture, qui est aussi digestion par Antonio Moresco de la leçon d'Antonin Artaud, questionne l'expérience théâtrale des spectateurs et par cela elle nous interroge en tant qu'espèce humaine vis à vis de nos corps, des corps de nos idoles, des luttes internes et cosmiques toujours à l’œuvre dans la création artistique. 

LIENS

L'AUTEUR

Antonio Moresco

LES TRADUCTEURS

La Langue du Bourricot

LE TEXTE AUX ÉDITIONS PUM

Duetto / Duo

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